Made in… Vietnam

Une des raisons qui m’ont poussée à lancer ma marque, monter ma boite et développer mes propres produits, c’était que ça « reste » en France. Déjà d’un point de vue pratique, organisationnel et surtout environnemental, il était hors de question de cramer du kérosène et de passer ma vie dans un avion pour développer un proto ou lancer une prod à l’autre bout du monde. Puis d’un point de vue social, il faut aussi rester cohérent avec ses principes : on ne peut pas se plaindre du chômage et de la disparition des savoir-faire si l’on cautionne, directement ou non, en tant que marque ou consommateur, le « Made in China ». Alors c’était la condition, c’était dans mon business model, c’était décidé : j’allais faire du Made in France… sinon rien.

Il aura donc fallu plus de deux ans de développement, trois séries de prototypes et des mois de recherches de fournisseurs à la fois EU-RO-PE-ENS et « éco-responsables » pour mettre au point le sac Clem&Léon. D’ailleurs, on a eu beaucoup de chance de trouver un irréductible gaulois, un des rares fabricants de sacs techniques, baudriers d’escalade et longes de sécurité encore en activité en France, (et même en Europe !). Parfait ! Du solide et du local, à 5 minutes du bureau !!! Inespéré. En plus, il proposait deux solutions : soit du Made in France (à Annecy) à un prix exorbitant, soit du Made in Europe à un prix un tout petit peu moins exorbitant. Nous, on a fait un petit mix des deux : la découpe des matériaux a été faite sur place, ainsi que la finition et le packaging. L’assemblage (la couture) a été réalisé en Slovaquie, ce « pays de l’Est » juste derrière l’Autriche. Aller, va pour le « Made in Europe ». Coté matériaux, je suis même devenue une extrémiste. TOUS les tissus, boucles, cordons, boutons, mousse, ouate… bref, la quarantaine de composants devait provenir de France ou d’Europe… Une bonne mission qui s’est avérée (presque) impossible. Au final, seules les boucles en aluminium ont été sourcées au Vietnam, faute d’avoir trouvé en Europe (à un prix acceptable).

Mais plus le projet avançait, plus les (mauvaises) surprises tombaient. Car oui, en fait, niveau prix, j’avais un peu sous-estimé le schmilblick. Les coûts de prod ont été bien plus élevés que prévu, certains revendeurs trop gourmands et ma marge, (vous savez celle qui permet à une boite de tourner)… bin, encore plus basse qu’annoncé (mon comptable m’a dit que j’avais trop fait de cadeaux). « Houston, on a un problème ». Car oui, le but d’une entreprise, c’est quand même de faire du chiffre, et surtout, de la marge, pour être rentable, investir, innover… Sinon, autant tout arrêter.

C’est justement la question que je me suis posée fin 2017. Après une année un peu « au bout du roul’ » comme on dit (grossesse, accouchement, école, boite, maison, toussa, toussa…) je n’avais plus d’énergie et surtout plus de tréso. Car oui, rien, dans la vraie vie, ne se passe comme dans un « prévisionnel » (vous savez, ce gros tableau de chiffres aussi efficace qu’une boule de cristal)… Quoique, la voyante aurait sans doute annoncé la grossesse, elle !

Alors… on arrête tout ou on continue ? Pour le savoir, il a fallu se poser les bonnes questions, voir où tout ça allait nous (me) mener, s’il était possible de lâcher du lest, où faire des compromis… Après une année de commercialisation, on avait la preuve que les produits et le concept plaisaient, mais il fallait encore régler les problèmes de marges et du prix de vente. Car oui, même s’il est pourtant bien en dessous de sa « valeur réelle », le sac était encore trop élevé et le produit encore trop « cloisonné » (outdoor ou puériculture ou lifestyle ??). Et puis c’est une réalité : les gens (vous, moi) ne sont pas prêts à payer deux fois plus cher un produit, même « multifonctions », sous prétexte qu’il est fabriqué en France, et encore moins si c’est en « Europe de l’Est ». Donc on fait comment ? Bah comme tout le monde : on fait fabriquer en Asie.

Mais si vous êtes encore là, à me lire, et que vous vous souvenez ce que j’ai dit plus haut : fabriquer en Asie ? plutôt crever… enfin… plutôt tout arrêter. Oui enfin… j’avais pas non plus fait tout ça pour craquer à trois mètres du bol de sangria ! (j’offre une CHAM POCKET à celui ou celle qui trouve à qui j’ai emprunté cette référence ;-)). D’un coté, j’avais (presque) fait le plus dur. Il suffisait « juste » de trouver une usine en Asie, qui veuille bien de mes produits hybrides à la fois « kids » et « outdoor » (et de mes « petites » quantités) et surtout : qui soit socialement et écologiquement responsable. Mmmmmhh. Easy !

Heureusement, ma bonne étoile m’a fait rencontrer celle d’Aurore, qui m’a embarquée avec elle au Vietnam. Elle m’a convaincue qu’il n’y avait aucune honte à faire fabriquer des produits dans des pays « en développement » (surtout dans une ancienne colonie française :-0). Puis il faut aussi se rendre à l’évidence : si le Vietnam produit plus de 90% des sacs à dos et produits techniques, et fabrique pour les plus grandes marques de l’outdoor… c’est qu’il y a bien une raison, que j’ai fini par me faire. Puis au final, c’est grâce à la main d’œuvre et au savoir-faire asiatique que j’ai une chance de maintenir mon activité et créer de l’emploi, en France. Vu comme ça…

Tout ça pour vous dire, en toute transparence, pourquoi les sacs et accessoires MeroMero sont maintenant fabriqués à Ho Chi Minh dans le sud du Vietnam, avec les sacs à dos PRISM d’Aurore, mais aussi, probablement, votre baudrier d’escalade, ou la voile de votre oncle parapentiste, ou la tente ultralight de votre cousin.

Et le pire, dans toute cette histoire, c’est que je suis ravie de laisser ma famille pour partir une semaine à l’autre bout du monde, travailler avec des Vietnamiens, des Japonais, des Coréens, des Taïwanais, et même des Chinois… surtout quand ils t’accueillent à bras ouverts, avec l’envie d’évoluer, ensemble, vers des solutions plus éco-responsables. Notre usine prévoit d’être labélisée Bluesign d’ici à cinq ans. Un beau challenge quand on voit de quoi ils partent. En tout cas, on pourra être fiers de nos petites marques françaises et européennes, écolos et super exigeantes, qui auront permis, à leur niveau, d’essayer de créer un business plus responsable.

Voici quelques photos prises lors de notre voyage au Vietnam en avril dernier, avec Aurore de la marque PRISM.

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