Au Vieux Campeur… explorateur d’innovations

Avec « Le Vieux », c’est une vieille histoire… Tout a commencé en 2001, lorsque j’étais « vendeuse-conseillère » à Lyon au rayon « chaussures techniques »… Mon premier job d’été ! Ma première fiche de paye. Quinze ans plus tard, dans le cadre de l’étude de marché pour lancer MeroMero, je me suis retrouvée en RDV sur Paris avec l’acheteuse « enfants » et le grand patron… le petit-fils du fondateur himself, Monsieur Aymeric de Rorthays de Saint-Hilaire.

Je vous laisse imaginer la scène. J’arrive à la Sorbonne, dans la fameuse « rue des Ecoles ». N°38, 44, non c’est au 48. Pas facile de s’y retrouver. Au Vieux Campeur, c’est 30 boutiques dans le Quartier Latin ! Le village d’une irréductible famille gauloise. Depuis, ils ont investi Lyon, Marseille, Strasbourg, Toulouse, Grenoble, Albertville, Chambéry, Sallanches et Thonon-les-Bains.

J’arrive donc avec mon prototype de « sac à langer porte-bébé » en coton waxé, fabriqué à Annecy. Je leur explique le concept de quelque chose qui ne s’appelait pas encore MeroMero. Je voulais simplement avoir leur avis de « pro », savoir ce qu’ils pensaient d’un produit hybride entre l’outdoor, l’enfant et le lifestyle… Je leur demande s’ils seraient éventuellement intéressés (sur un malentendu) par le concept, et si oui, combien ils le vendraient, avec quelle marge, etc.

Le patron me regardait, observait le sac, le manipulait dans tous les sens, regardait la qualité des matériaux… Il ne disait pas grand chose. Il avait l’air de réfléchir, mi intrigué, mi sceptique… Je pensais qu’il allait cordialement me remercier d’être montée d’Annecy et me souhaiter bonne chance pour la suite. Mais en fait non… Il me lance un « Et si je vous en commande une trentaine pour essayer, je peux les avoir pour les fêtes ? ». Sans trop réfléchir et avec un aplomb sorti de je ne sais où, je lui réponds « oui oui, évidemment. Fin novembre, ça vous va ? »

Mais quelle idée !!! Mais qu’est ce qui m’a pris de répondre un truc pareil ! On était fin juillet, mon proto n’était pas finalisé, il me manquait la moitié de mes fournisseurs et on était en pleines vacances scolaires !!! Et moi je lui sors « oui oui, c’est possible ». On se croirait dans un sketch des Nuls (pour ceux qui on relevés ;-).

Je sors du RDV toute bouleversée. Je me souviens encore de la scène. Il faisait super beau, très chaud. J’avais le cœur qui battait. J’avais le sentiment que quelque chose de spécial venait de se passer. Comme un tournant dans cette longue route de la création d’entreprise. J’étais montée pour une simple étude de terrain et je repars avec une commande de 30 pièces à livrer dans quatre mois. Mais d’un coté, j’étais sereine. C’était même une sensation très étrange. Je n’avais pas douté, moi qui doute tout le temps. Quatre mois, on est laaaaaaaaarge !

Mon fabricant (français) me dit alors que pour avoir une « chance » de livrer le 25 novembre, il fallait que je trouve et que je fasse livrer tous les matériaux à Annecy pour le 15 septembre. Autrement dit : mission impossible ! Pourquoi ? Parce qu’on est le 26 juillet et que le mois d’août, en France, il ne se passe RIEN… Je vous laisse imaginer le stress et mes vacances en Bretagne à essayer de joindre des fournisseurs… eux aussi en vacances. Et au fin fond du Finistère Sud, il n’y a pas la 4G partout ! Puis évidemment, petit détail, pour livrer 30 pièces, il a fallu que je lance une production de 200 sacs et autant d’accessoires. Ca fait cher le test… Mais bon, entreprendre, c’est prendre des risques, non ?

Je vous passe la période de recherche de financements, de lancement de la marque en octobre et du tsunami de l’annonce de ma grossesse « non prévue » début novembre (lire l’article ici). Mais le 25, comme prévu (pour une fois que quelque chose se passe comme prévu), 30 sacs ont été livrés Au Vieux Campeur. Ouf, mission accomplie…

Je vous raconte tout ça parce que je trouvais important de dire et de souligner le rôle que peuvent (encore) jouer certains revendeurs comme dénicheurs de marques, comme explorateurs à la recherche d’innovations. Heureusement, dans ce contexte commercial difficile, et assez morose, il existe encore des acteurs qui prennent des risques. Ok, ok, ils ont sans doute pris moins de risques que moi, tout est relatif, mais n’empêche que le Vieux Campeur ont été les premiers à croire au projet et surtout les premiers à m’avoir laissé ma chance. Ils n’étaient pas obligés. Ils n’ont pas fait ça pour me faire plaisir non plus. Je ne les connaissais pas. Bon ok, peut-être que ma petite histoire de ma première fiche de paye les a flattés… Ils l’ont sans doute fait car ils estiment avoir encore un rôle de précurseurs à jouer, de dénicheurs de « talents ». Et c’est sans doute comme ça, en soutenant des petites marques, qu’ils arrivent aussi à se démarquer en proposant des produits innovants et différents à leur clientèle.

Et pourtant… en plus de m’avoir ouvert leurs portes, ils ont aussi laissé le temps au produit. Ils ont mis deux ans à vendre 30 sacs. On peut avouer que c’était assez laborieux. Le sac était trop cher, trop complexe à vendre. Là aussi, ils auraient pu tout stopper. Mais ils ont aussi compris les enjeux d’une petite marque, car eux aussi sont partis de rien (comme souvent d’ailleurs, mais beaucoup semblent l’avoir oublié). En novembre dernier, ils ont repassé une commande. Ils m’ont laissée une seconde chance. Et ça a finalement payé… On n’en est pas encore au bilan, la saison d’été vient à peine de commencer. Mais sans mettre en avant le produit, c’est en seulement deux mois qu’ils on vendu les 30 sacs de la version « made in Vietnam » (lire l’article).

Etre référencé Au Vieux, c’est un honneur pour moi. Un gage de qualité et de sérieux pour les clients. On peut les critiquer, si on veut, sur certains côtés, trouver qu’ils sont un peu « à l’ancienne »… n’empêche que le Vieux Campeur reste une institution, un endroit qui sent la rando, même en plein Paris, un lieu de rencontres où l’on croise des passionnés venus s’équiper pour leur prochains tour du monde ou leurs vacances dans les Alpes, des étagères de chaussures alignées, rangées par tailles, des sacs empilés comme si on rentrait directement dans le stock pour se servir. C’est ça l’esprit du « Vieux » : on trouve tout, et même des produits innovants de petites marques qui méritent d’être connues 😉

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